LE VOYAGE EN TRAIN

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25 Juillet 2014
Il est 19h, le train m’emmène à Paris.
    Quid de ma vie actuelle? Beaucoup de choses, de changements. Me voilà interne, avec toutes les responsabilités et le stress que ça incombe. En gynécologie depuis trois mois, je ne suis pas enflammé par la joie du métier même si c’est nourrissant intellectuellement. Je n’ai cessé de penser à des voyages futurs, m’imaginer médecin du monde, soignant des gens en difficulté. La routine et le système français m’ennuient. Le soin est devenu un dû. Pas pour tout le monde heureusement.
    Je me sens comme un prisonnier pour trois ans, le boulet lié au pied. Obligé de subir cet internat qui ne me satisfait pas. Obligé de participer à une activité hospitalière qui ne m’interéresse pas, à un mode d’exercice ennuyeux, pourvoyeur de stress, de culpabilité. Milieu de médisance, urgences, l’exemple même de la honte du système médical français ou seulement 25% des consultations sont réellement des urgences vraies. Pour le reste, alors il y a toujours un interne disponible 24/24 au service des alcooliques en déperdition, de la bobologie à recrudescence, nocturne le plus souvent. La nuit apporte son flot d’âmes perdues, en détresse.
     Je regrette sincèrement de ne pas m’etre envolé dans les îles, échapper à un internat métropolitain  où je m’ennuie au plus haut point. Pensant choisir une grande ville, tous les avantages que j’avais listé semblent avoir disparu petit à petit. Je n’ai vu la ville que le weekend end ou en cours, me voilà catapulté en périphérie dans un cloaque perdu dans les terres ou seuls les étrangers en quête d’une vie meilleure semblent se plaire. Ville inintéressante, loin de tout, et surtout dans un internat sans vie, l’ennui est profond. Alors non, je ne suis pas comblé, oui je m’ennuie, oui je regrette. Je considère que je passe mon service militaire.
    J’ai perdu la joie de soigner l’humain, l’envie aussi. Je me surprends à rêver d’une vie ailleurs, loin plus simple. Matériellement, j’ai tout, c’est indéniable. J’ai même beaucoup, je ne me plains pas de mon salaire et de la quantité d’heures travaillées, j’ai signé pour. J’entends déjà la gronde, les chevaux se dresser : je me plains alors que beaucoup rêveraient d’un bon salaire, une stabilité de l’emploi et un futur -tout tracé- !!! Mais j’en ai marre de l’attendre ce futur, il n’arrive jamais. Ça fait bientôt sept ans et il n’arrive pas. La vocation, un mot qui apaise l’esprit. Je ne connais personne qui s’est levé un jour en voulant être médecin. Chacun a son vécu d’histoire personnelles, d’aspirations diverses qui l’ont poussé vers la Médecine. Alors oui, j’ai demandé un stage Dom Tom, car j’ai envie de m’évader  le weekend end, le soir, être dans une super colocation, me faire un bon groupe d’amis, sortir, randonner, me baigner, m’émerveiller.
    Aujourd’hui inlassablement j’ai fait le tour de la maternité, quelques examens de sortie, un petit conseil contraceptif et surtout plein de jolis documents pré remplis sur ordinateur. J’ai souri aux aides soignantes, mangé et parlé avec ma chef de ses vacances prévues dans les Alpes.
Ma chef, parlons en ! 50 balais bien frappés, catapultée chef de service sans avoir trop réfléchi, à la tête d’un service qui n’arrive à recruter que des médecins étrangers. Une collaboration impossible avec la pédiatrie à côté à cause d’un chef acariâtre. Alors de temps en temps, ma chef, elle crie puis elle pleure. Ses cheveux sont ternes, elle a la mine défaite, et espère juste 15 jours à la montagne pour se retrouver. Sa vie? Je n’en veux pas. Ou alors, enterrez moi tout de suite.
    Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie. Alt-J résonne dans mes oreilles, et j’ai décidé d’être heureux. Si la médecine ne me satisfait plus, alors j’en changerai. Cependant, je crois que j’aime les gens, ceux qui me le rendent bien, qui me ramènent à reconsidérer la vie autrement, à vivre intensément, aimer, partager, sourire, s’émerveiller de choses simples, ce que cette vie occidentale et française ne permet plus. Un système morose, où la joie est produit de consommation éphémère, s’épuisant comme la batterie d’un iPhone.
Alors, voilà* Il me reste encore trois mois de Bryan, Shana, Shalyna, Tyson, Dyson, Donovan, Shayana, Kasha, ….puis j’me tire, je remballe, je plie les geôles, je rembarque, je balaie le plancher, je me casse, je me fais la malle. Et si le destin m’est favorable, je serai sous les Tropiques.

*dédicace à un blog que j’aime !
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