MON AMI, MANGEONS GRATUIT

Internat 2014 – Gynécologie 

      Mes chers petits co-internes m’informent qu’un labo nous invite à manger et nous propose un cours. Je suis plutôt emballé il faut le dire. C’est le début du semestre et c’est aussi l’occasion de connaître plus les autres internes. Et puis, un labo m’invite à bouffer pour la première fois. J’en parle à mes parents, ouvriers, moi, invité comme médecin par un labo dans un super resto, c’est top.
      On part en voiture avec mes co internes, un vieux rock anglais se distille dans l’habitacle, la fenêtre ouverte, je regarde la paysage qui défile, les champs prennent les couleurs du soleil. Le ciel est bleu en cette fin de journée de l’été qui commence, et j’hume l’air à la fenêtre.
   Nous arrivons dans la commune en question, repérons le resto, flairons le menu, est ce que ce sera celui là ? Rien à moins de trente balles. A vrai dire, à t’on pensé au cours qui nous sera fait? On entre, la serveuse nous oriente vers la salle du haut.
Deux déleguées médicales en pleine puissance viennent à nous. Maquillage parfait, bijoux bien assortis, sourire colgate, attitude choisie, regards doux. Le discours est volontiers flatteur, on nous fait mousser. Relève de demain, jeunesse, espoir, nous sommes tellement précieux ! Questions pour la forme sur le déroulement de notre stage. Pas un mot sur le labo, on joue la carte de l’amitié sincère. Petits verres de mousseux qui arrivent dans nos mains. Arrivé en t-shirt et short, je me sens mal à l’aise. Ou plutôt comme un paysan à la ville, mais réflexion faite je m’en fous. On me prend comme je suis.
Arrivent alors des médecins généralistes du département…salutations polies, embrassades entre vieux confrères, sourires avisés, on est tous là pour manger c’est clair.  Le brillant cardiologue est présenté et fait son apparition…..il vient de la ville !!! Clap clap clap, du CHU !! Clap clap clap.
Son cours? Un vulgaire cours sur la prise en charge de l’hypertension. Pas un mot sur la thérapeutique. Concrètement? Inutile.
Le cours arrivant à sa fin, on nous invite à descendre. Repas excellent, gambas, crabe, risotto au piment d’espelette…..mais j’ai un goût amer dans la bouche. Discussion entre nantis, intérêt calculé, je suis écœuré et me sens trahi. Je me sens acheté, déshonoré.
Un des internes est comme un poisson dans l’eau, tout sourire, se levant pour assurer des poignées de main chaleureuses, dans ce petit microcosme de gens « biens ».
Je repense à mes petits pêcheurs, agriculteurs, mes mamies de Bretagne Nord que je voyais en consultation, et m’excuse mentalement. Que suis je devenu?
Au cours de ce repas, pas un mot au sujet du labo. Amitié tacite, fidélisation perfide, me voilà bien. Je repense à mon séjour humanitaire en Afrique, à la misère sanitaire et sociale rencontrée. Ce repas a dû coûter une blinde. Les discussions filent, ma tête est ailleurs.
Fin du repas.
On sort.
C’est fini.

Et pour longtemps.

Docteur même pas peur ! ( hauts le coeur!)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close