Ivresse éthylique Aiguë

     csc_0870

  Urgences – internat médecine générale 

IEA = ivresse éthylique aiguë : le motif d’hospitalisation aux urgences qui fait chier.
Et puis il y a ce patient, Mr Skipper. Entrée dans le box : je découvre une masse informe cachée sous les draps. Je m’approche ça respire. Je découvre le tout, en me feignant d’un petit « y’a quelqu’un? » Je découvre un homme âgé de la cinquantaine, le regard malicieux, le sourire en coin :
« fait trop jour chez vous ! »( il n’y a pas de fenêtre dans le box).
Il sourit, me regarde avec amusement. L’amusement de l’homme bourré. Il est saoul, torché, sec, raisin, complètement fait. Je fais mine de rien, mais les autres internes m’avaient mis en garde
« j’irai pas le voir il a l’air misogyne et vicieux ».
 On discute. Son argumentaire est flou. Il a le nez un peu abîmé, vestige d’une chute récente. Mais il ne se souvient de rien. « J’étais par terre, j’ai tapé au carreau et un passant dans la rue à fait le 15 ». Je l’examine. Il est de ces patients qui m’exaspèrent, ceux qui parlent pendant que j’écoute le cœur, me traumatisant le tympan. Les patients savent t’il qu’on n’entend rien quand ils parlent et qu’on ausculte avec un stéthoscope? Il rebondit sur tout, ne cesse de parler, blaguer
« ah vous étiez à Milan le weekend end dernier? Moi aussi ! »
L’examen semble normal. Mais tout est flou. Il ne connaît pas ses traitements mais me demande déjà quand il va sortir.
« Vous pouvez pas comprendre, vous travaillez ici, vous êtes en bonne santé, vous êtes beau, mais moi je suis skipper, c’est pas possible ».
Le compliment évidemment me fait plaisir. Mais il m’énerve, c’est la fin de la journée, il est torché et en plus il veut rentrer.

Et JE SAIS qu’il ne pourra pas rentrer. C’est MÉDICO LÉGAL. 
 Je m’imagine déjà dans un combat d’arguments avec un soûlard pour lui expliquer les raison de son maintient à l’hôpital quand je me penche sur les anciens courriers sur l’ordinateur : sa fille s’est pendue. PUTAIN. MERDE. 
Sa fille.
S’est suicidée. 
Je le regarde et son air guilleret se teinte soudain de tristesse. Il m’émeut et je me dis que la vie est injuste et le jugement trop hâtif. Qui sommes nous pour juger les autres à la première impression? C’est comme si j’enlevais le flou de la photo, ou l’imprimais une seconde fois en haute définition : il m’est apparu comme un être humain, au vécu difficile, que les épreuves de la vie ont petit à petit détruit, et sa fuite, son petit moment d’échappement s’est révélé être l’alcool.
Et alors? On fait comme on peut. Parfois, oui, on fait comme on peut.

Docteur même pas peur ! ( L’alcool c’est bien, la vie c’est mieux. )
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2 Comments

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  1. Quand un être humain rencontre un être humain, magnifique leçon aux soignants.
    Merci

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