Pour un sourire…

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Internat médecine générale – disponibilité remplacement

Box d’urgences, tout seul avec ce foutu téléphone de garde, seul avec le 15 sur mon île. Quelques gouttes de sueurs commencent à poindre sur mon front. Un accident de voiture vient d’arriver, les pompiers brancardent jusqu’à mon box, et je sais qu’il n’y a pas d’hélico disponible en cas de pépin…

-Flashback –

Du changement et de la continuité, voilà ce que je me suis dit en revenant remplacer chez mes maîtres de stage. Joie de redécouvrir la vie insulaire, goût des autres, de cet exercice passionnant et stressant, mais aussi secrètement l’envie peut être de devenir l’un d’eux : un îlien, ou tout du moins me faire accepter comme. J’ai eu cette incroyable chance en venant travailler ici : découvrir des habitants, leurs us et coutumes, croiser toutes les strates de cette mini société à échelle réduite se succédant dans mon bureau. Au-delà d’une expérience médicale, une vraie expérience humaine.

La vie est faite de rencontres , et après bientôt un an ici je commence à rencontrer des gens en dehors du cabinet médical. Aussi, j’ai rencontré Sourire, la soixantaine au cours d’une soirée tarot, les yeux pétillants. Le tarot ? j’y connais que dalle, mais peu importe, je me suis bien marré.

-Retour dans le box –

Ça s’agite, va et vient de pompiers, l’infirmière… j’ai dans mon sac le résultat biologique de Mme Sourire avec des DDimères augmentés. Elle a été vue par ma consoeur le matin pour une toux chronique depuis deux mois. Sourire fumait beaucoup. Elle a arrêté il y a peu. Sa radio pulmonaire est grave suspecte. Je la reconvoque au box des urgences pour lui faire une injection d’anticoagulants et un courrier pour les urgences le lendemain matin au premier bateau.

Son mari est furax :  vous avez vu le retard pour qu’elle ait sa radio ? C’est pas normal !

Je leur explique que si l’on imagine le pire, un délai diagnostic deux mois est plutôt court, que les signes sont insidieux et difficiles à diagnostiquer.

Sourire a toujours l’œil qui brille, mais son regard semble se ternir :

« On doit partir à l’île Maurice dans deux jours ».

Sourire me fait la bise,  ils s’en vont entre deux cris de la patiente hystérique que je m’apprête à voir..

-Le lendemain –

Le téléphone de garde vibre, un sms vient d’arriver :

« Bye bye l’île Maurice ! A la place un beau gros cancer du poumon. Merci de faire suivre… »

Meurtri, stupéfait, abasourdi, le souffle court, je n’ose lâcher le téléphone des mains.

C’est la première personne avec qui je sympathisais sur l’île. Elle a un cancer et elle nous en veut.

 

Docteur même pas peur ! 

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