Ar Mada

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Internat médecine générale – Mission Humanitaire – Avril 2016.

 

Madagascar. Terre rouge, l’exotisme rien qu’à l’évocation de ce nom. Mes pensées s’en sont allées vers ces contrées lointaines à la recherche d’aventure, donner un sens au métier que je fais, rencontrer l’autre, partager, m’émerveiller sans cesse, Vivre.

J’y ai découvert un pays riche de ses habitants et traditions, mais aussi une misère qui frappe. Comment l’humanité, comment nous, Occidentaux pouvons-nous continuer de vivre à notre rythme effréné tout en sachant que d’autres vivent dans de telles conditions de dénuement, de dénutrition, de manque, de tout.

Glissant le long du fleuve, nos barges filent au rythme de la Tsiribine. Ambre, argileux, le fleuve s’écoule au milieu d’une plaine qui s’étend à perte de vue. Devant moi, la magie de l’Afrique, la puissance de la nature, le ciel comme lumière. Le premier village approche. Les habitants se pressent sur la berge, nous accueillant de leurs sourires qui réchauffent le cœur et abreuvent nos esprits oxydés. Je rassemble mes affaires, mon matériel de consultation et descends, dans la chaleur moite et humide du fleuve. Je marche d’un pas lent et décidé, convaincu que cette aventure m’a déjà transformé avant mon départ.

L’effervescence matinale mobilise corps et esprits pour monter la pharmacie, l’infirmerie et les salles de consultation. Les habitants, venus en nombre commencent à s’assoir patiemment en file sous le grand frangipanier. Des rires, quelques pleurs de nourrissons.

Dans la salle de classe, je prends place avec mes collègues derrière ma petite table. Nous échangeons quelques regards curieux. François Xavier, mon traducteur, ancien professeur de français me tend une main chaleureuse. Nous échangeons.

Ce matin là, j’ai vu 43 patients. Des femmes, des enfants, des nourrissons, des vieillards. Certains ont fait vingt kilomètres à pied pour espérer voir un médecin. Détail insignifiant mais qui m’interpelle : les Malgaches respirent à plein poumons lorsque j’écoute dans le dos. En France, les patients ont acquis ce degré suprême de flemme de respirer et je me dois de le leur répéter plusieurs fois de respirer fort. Ces hommes, femmes, ces familles vivent de la culture du maïs, de l’élevage des zébus, au rythme du soleil, sans électricité et se lavant dans le fleuve. Nos drames quotidiens semblent tellement dérisoires à côté des leurs, là où la perte d’un enfant est devenu quelquechose de fréquent, et la quête de nourriture un défi quotidien.

Au gré des villages, j’ai découvert un peuple, un souffle de vie. Je me suis découvert moi-même. La mission s’est égrenée ainsi sur plusieurs villages le long du fleuve. Nous aurons mené à bien plus de 500 consultations. Goutte d’eau dans un système de santé terriblement mis à mal, nous avons peut-être eu l’impression d’apporter une petite pierre à l’édifice. C’est transformé et vivant que je suis rentré en France, gardant à l’esprit les chants, les sourires et la dignité des malgaches.

Est il encore possible en Occident de sourire à la vie ? S’émerveiller de choses simples qui n’ont pas de prix, qui ne sont pas monnayables, quantifiables ? J’ose l’espérer.

Une chose est sure, le rendez vous est pris pour une prochaine mission.

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Docteur même pas peur ( en paix)

 

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2 Comments

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  1. Très, très chouette votre blog! Que de souvenirs et de réflexion qui remontent à vous lire, de mes lointaines années (une trentaine) d’internat. L’amertume de voir que le monde hospitalier et les médecins censés nous former n’ont pas beaucoup changé et la joie de constater que pour autant, tous les médecins ne mangent pas de ce pain là! Vous n’êtes pas seul! Bonne route à vous!

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