Un peu d’amour.

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En plein mois de février dans cet hôpital périphérique de bord de mer. Il règne ce matin une ambiance morose que les rayons d’un soleil hivernal n’arriveront pas à réchauffer.

La cadre du service est toujours absente, en arrêt pour burn out. Deux autres infirmiers sont arrêtés.

Des demandes de soins croissantes, des urgences pleines à craquer qui dégueulent de tout sauf de la grippe dans des services bondés et des unités de suroccupation qui ouvrent et ferment au gré des préoccupations économiques de l’hôpital.

Mr O à 79ans et il est veuf.  Il a été longtemps hospitalisé dans mon secteur de mi novembre jusque fin janvier; la faute à une vilaine luxation de prothèse de hanche réduite au bloc opératoire et surinfectée avec une méchante bactérie. D’antiobiotiques en effets secondaires, il a fini par partir en convalescence.

Nous sommes lundi et le voilà qui pointe à nouveau son nez dans le service. J’apprends qu’il a malheureusement luxé à nouveau sa prothèse, qui a du être remise en place au prix d’un énorme hématome qui a achevé d’entamer son hémoglobine déjà bien basse. La coupe est pleine, tout est à reprendre à zéro : la nutrition , la kiné … Mr O. est épuisé moralement.

A plusieurs reprises je l’entends crier à travers la porte son mécontentement envers l’équipe, la lenteur des aides soignants à venir l’aider à se laver, lui apporter sa mousse à raser… Il sonne en permanence et finit par agacer l’ensemble du personnel.

Hier, nous avons longuement discuté alors que je lui crémais les jambes ( avez vous déjà crémé un papy? C’est hyper relaxant pour l’esprit). Il a vécu à Paris puis en Algérie où il a fait la guerre, il garde de cette période difficile un regard emprunt de tendresse de pour ce pays et la contrainte psychique imposée à l’époque. Il évoque, le regard brillant, sa femme, les grandes années, puis le regret de ne pas avoir eu d’enfant. Enfin, la solitude, le sentiment d’inutilité, et sa frustration immense d’être cloué dans un foutu lit depuis deux mois.
Tout s’éclaire. L’agressivité, ce sentiment de révolte, l’impuissance d’être maître de ses déplacements et de sa vie, se sentir diminué, rabaissé, lavé, torché, dépendant.

D’une petite voix triste il me demande alors :
« Docteur, savez vous comment je pourrais me procurer de l’Oasis et deux tablettes de chocolat blanc? Personne ne vient me voir et je n’ai pas de famille. Ce sont les seuls plaisirs qu’il me reste… »

Je crois que jamais ma peine n’a été aussi immense.

Nous sommes le 16 février, je sors du supermarché, oasis et tablettes en poche. Demain, discrètement j’irai lui apporter dans sa chambre car être soignant, humain, ça passe par des choses aussi simples qu’apporter un peu d’amour à quelqu’un qui en manque cruellement.

Madame la ministre, le personnel soignant est en souffrance, je ne compte plus les personnes de mon entourage qui ont fait un burn out, prennent des psychotropes, surconsomment de l’alcool, ou fument toutes les heures. Mais il y a une chose dont je suis sûr, en dépit de la contrainte qui nous est imposée, rien ne nous enlèvera l’amour de notre métier et des autres.

Rien.

Nous faisons un métier formidable.

Dans des conditions discutables.

Docteur même pas peur. Interne épuisé.

 

 

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One Comment

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  1. Très joli post qui vous évoque à tous des situations identiques c’est pour ça qu’on aime ce métier

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