A la tienne vieille branche !

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La fin d’un mois de mars 2017.

Déjà presque trois long mois. Quatre vingt dix jours qui marquent ton absence. On a beau dire, perdre ses deux grand mères à quelques mois d’intervalle, c’est un sacré coup du sort.

Noël, journées chargées à l’hôpital et aux urgences, une foutue garde prévue le 24. Nous sommes le 21 décembre et déjà depuis quelques jours tu t’essouffles, mais, trop pudique tu n’irais pas te plaindre ou compromettre ta venue à la maison pour passer les fêtes. On joue à l’ascenseur émotionnel, les équipes de la maison de retraite se veulent tantôt rassurants puis réservés. Toi, tu n’as en tête qu’une seule chose : la venue de ta petite fille qui t’emmènera passer Noël en famille à 250km de là.

En pause midi à l’hôpital, mon téléphone sonne et annonce des nouvelles préoccupantes. Ton médecin m’appelle pour me dire que ta situation est grave et que ta poussée d’insuffisance cardiaque est sévère. Depuis ma troisième année de médecine où je t’avais diagnostiqué ton souffle aortique, je savais de quel ordre seraient les complications à venir. Le temps a filé, les études aussi, je suis devenu plus aguerri et toi plus mature, (restons polis). Je décide surle champ de prendre la route et prends mon après midi pour venir te voir. Tout au long de la route, je n’ai cesse de repenser à tous ces moments partagés, les balades à la mer, la crêperie, les repas à la maison, et je m’en veux, c’est comme si repenser à ça te condamnait déjà…

Je ne suis qu’à trente minutes de chez toi quand le téléphone retentit dans l’habitacle.Mon cœur est comme suspendu. Je crois savoir le ton de cette sonnerie, mais un espérance infinie m’envahit. Si cet appel n’était pas grave? Si on me disait qu’en fait tout allait pour le mieux et que tu m’attendais déjà depuis plusieurs heures toute habillée sur le parking, ton manteau bleu sur les épaules, la valise à moitié faite et la tête déjà ailleurs ?

Tu es partie sans pouvoir m’attendre. Trente petites minutes nous séparaient. Mille huit cent petites secondes. Un temps infiniment court et long à la fois qui nous séparera à jamais. La vie nous joue des tours. Alors, je suis resté avec toi dans ta chambre. Je t’ai longtemps regardée, je connais chaque trait de ton visage, chaque expression. Tu semblais si calme. Puis, comme on s’ennuyait un peu (t’étais pas très causante) : je t’ai fait écouter « The Cave » de Mumford and Sons. On l’a écoutée au moins dix fois.

Tu sais Mamie, je crois que tu l’as eu ton Noël en famille.  Y’en avait du monde à l’église le 24 décembre. Tous, sauf moi, empêtré dans une foutue garde de merde aux urgences. C’est pas grave va, je t’avais vue avant.

On ne passera plus jamais un Noël comme avant Mamie.

Tu me manques.


Un texte qui ne vient pas de moi cette fois, mais de M. qui l’a écrit et lu avec courage

« Mamie,

je te parle avec le regard de cette petite fille que j’ai été et qui demeure.

Je reste celle qui dévore les noix sous la télé de la cuisine de la M., celle qui cueille les cerises et les fraises au sol du jardin.

Je demeure celle qui pique la première de tes galettes ratées dans l’assiette.

Je demeure celle qui ouvre les cadeaux avec hâte, avec dans les yeux la magie des Noëls passés chez toi.

Je suis l’enfant qui rentre de l’école et change le programme de ta télé pour des dessins animés. Jamais tu ne vas broncher, tu vas toujours me laisser faire, à ma guise en m’accompagnant. Tu m’écouteras longtemps jouer de la guitare,  me suivras à chaque réveil pour prendre le petit déjeuner,  me laisseras jouer avec les veines sous la fine peau de tes mains, et enfin, dire que tu es vieille, un vieille forte parmi « les cheveux blancs » comme tu les appelles à la maison de retraite. Toi, tu n’as jamais eu les cheveux blancs, tu as ta coiffeuse attitrée qui veut te faire belle et prendre soin de toi jusqu’au bout de tes ongles.

Les silences disent long chez toi, des plaintes qu’on exprime pas. D’ailleurs ça a toujours été, jusqu’au dernier jour où tu m’as concédé un « bof bof » pour la première et dernière fois. Entre toi et moi l’affection est allée crescendo, du bisou au câlin jusque l’accolade qui te dit « je t’aime ». Le temps de la confiance peut être.

Je mesure la chance de t’avoir eu à mes côtés au quotidien, près de nous si longtemps, on était bien. Vraiment bien.

Tu sais Mamie, j’ai su qu’un jour tu avais tout quitté par amour. Au delà du bonheur des choses simples, c’est la grande leçon que tu m’as donné. Sans cet acte de bravoure, je ne serai pas là.

Merci.

Embrasse Papy, dis lui que je me souviens de lui.

M. »

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