L’aube d’un renouveau.

image1 (1).JPG

Vie de néo remplaçant, de retour sur l’île.


Cela fait maintenant plus d’un mois que l’internat est fini. Extrême lassitude de l’internat, de la médecine en général avec la promesse intérieure de prendre du temps pour moi ;  réaliser le chemin parcouru, prendre le temps de pouvoir faire ce dont j’ai réellement envie, me retrouver, profiter de ballades en nature, naviguer, sans délai imparti, sans échéance, sans contrainte.

La réalité financière m’a rattrapée et il a fallu trouver des remplacements. C’est avec une joie insoupçonnée que j’ai signé un nouveau remplacement sur l’île de mon internat.  Plaisir de revoir à nouveau mes collègues, les secrétaires, après une longue période d’absence. La vie insulaire semble figée dans ce microcosme social où chacun évolue à son gré.

Premières longues journées de printemps, les bateaux vont et viennent apportant leur lot de premiers touristes. Les magasins ré-ouvrent après la période hivernale, le marché bat son plein et l’ambiance est au beau fixe le tout sous un soleil de plomb venant faire se refléter les carènes des chalutiers dans l’eau du port.

Premières consultations,  je retrouve avec joie la relation particulière avec les habitants de l’île, aux caractères bien trempés, des gens dans le vrai. C’est avec plaisir que je revois certains enfants qui  ont bien grandi ou que la venue d’un petit frère ou d’une petite sœur a bousculé.

Puis il y a de nouvelles rencontres.

Mr C. me rejoint  depuis la salle d’attente. Démarche un peu ébrieuse et mon odorat le trahit, il ne doit pas se laver beaucoup. La première impression n’est pas au top.

Il vient pour son renouvellement de traitement, un diabète, une artérite et de l’hypertension. Son dossier n’est pas reluisant. Nous discutons, et de fil en mesure Mr C. se livre peu à peu, le regard brillant. Il m’évoque alors le chemin parcouru.

Il y a dix ans, Mr C perdait tout. Remisé au placard par son employeur à Paris, il démissionne, contraint. De prises d’alcool en cigarettes fumées sa vie s’effondre, tout comme ses comptes en banque. Sur la paille, il se retrouve à la rue et fréquente les restaus du cœur. Une longue vie d’errance pendant cinq longues années en passant par la dépression et la pensée du suicide. Il trouve réconfort auprès d’une amie qui lui suggère de retourner sur l’île qui l’a vu naître. Depuis, il a retrouvé un travail, une famille, une dignité.

Par une volonté de fer, comme cela ne suffisait pas, il a arrêté de fumer et a fait une croix sur l’alcool. Il a revu son alimentation, limitant la malbouffe, perdant huit kilos et se remettant au sport.

Alors oui, il pue. Il blaire car il s’occupe de faire le ménage de parties communes, de toilettes et c’est pas un métier qui sent la rose.

« Vous savez docteur, j’ai retrouvé un goût de vivre, je me lève le matin et je me dis qu’à soixante-cinq ans, j’ai plus d’énergie qu’avant, je me sens vivant . »

La vie est faite de rencontres.

J’ai choisi la médecine générale pour ce genre de rencontres.

Celles qui enrichissent le quotidien.

Celles qui  nous ramènent à notre condition sur Terre.

 

Celles qui nous font vivre.

 

Docteur même pas peur – Se régénère.

(fleurs : il s’agit d’Adonides Goutte de Sang, symboles de réincarnation : histoire ici )

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :